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Louise Bourgeois – Structures of Existence: The Cells

Aujourd’hui reconnue comme l’une des artistes majeures de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle, Louise Bourgeois a eu une carrière qui s’est étendue sur huit décennies et dont l’œuvre échappe à toute classification artistique.

Louise Bourgeois est née en 1911 à Paris. En 1932, elle s’inscrit à la Sorbonne pour étudier les mathématiques, puis abandonne les sciences et commence à étudier l’art dans divers ateliers, dont celui de Fernand Léger. En 1938, elle épouse Robert Goldwater et s’installe à New York où elle continue à créer des œuvres principalement dans le champ sculptural.

Deux événements biographiques marquant aident à la compréhension de l’œuvre de l’artiste : la mort de son père en 1951 lui permettra de commencer les séances de psychanalyse et de prendre conscience des possibilités exutoires ouvertes par le travail de la mémoire. Elle livre alors un travail puissant et profondément lié aux réminiscences de son enfance. Les peurs infantiles, les relations familiales et l’omni-présence du corps y sont décortiquées. Ces œuvres restent de taille moyenne car elle jongle entre sa carrière artistique et sa vie de femme et de mère et ne dispose pas d’un espace de travail à même d’assouvir des recherches axées sur des formats monumentaux. Les sujets intimes sont donc traités suivant un format confinant à la confidentialité.

Le décès de son mari en 1973 marque une étape clé de la carrière de Bourgeois. En 1980 elle emménage dans un nouveau studio de taille beaucoup plus importante à Brooklyn et commence à travailler sur des œuvres de dimensions architecturales. Cette libération matérielle permet à Louise Bourgeois d’entreprendre la production des œuvres nécessitant le plus d’investissements physiques de toute sa carrière – Les cells – et ce à l’âge de 70 ans.

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Louise Bourgeois, Structures of Existence: The Cells, 2016, (vue de l’installtion), © Photo : Poul Buchard / Brøndum & Co. Courtesy : The Easton Foundation © Louisiana museum

 

Les recherches n’étant qu’à leurs débuts, ses œuvres ne sont pas présentées en 1982, lors de la grande exposition qui lui est consacrée au Museum of Modern Art de New York, première grande rétrospective consacrée à une femme artiste en ce lieu. Structures of Existence: The Cells est donc la plus grande manifestation jamais consacrée aux « cellules » de l’artiste. Elle comprend une sélection de petites sculptures, peintures et dessins mais surtout vingt-cinq cellules prêtées par diverses grandes collections internationales. Le nom de « cellule » est porteur de plusieurs sens renvoyant aussi bien à des lieux de réclusions – cellules des univers carcéraux ou monastiques – qu’aux cellules biologiques des organismes vivants. Ce sont des cellules qui protègent tant qu’elles enferment.

Chaque Cell joue sur le plaisir du voyeurisme, le frisson de regarder et d’être regardé. Les Cellules s’attirent ou se repoussent les unes les autres et créer un besoin urgent du visiteur d’intégrer, de fusionner ou de désintégrer ces pièces.

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Louise Bourgeois, Structures of Existence: The Cells, 2016, (vue de l’installtion), © Photo : Poul Buchard / Brøndum & Co. Courtesy : The Easton Foundation © Louisiana museum

 

C’est la volonté d’établir une confrontation particulièrement physique qui a guidée Bourgeois dans l’édification des Cells. Ces lieux hybrides, à la fois clos et ouverts, entraînent un véritable face-à-face entre l’œuvre et le visiteur dès lors que les Cells sont construites à partir d’un mélange de matériaux architecturaux récupérés, tels que les vieilles portes, fenêtres, treillis métalliques, vitres et fragments sculpturaux. À l’intérieur de chacun de ces environnements fermés, Bourgeois crée de véritables scènes, des décors presque théâtraux, dans lesquels elle développe sa mythologie personnelle.

Tout est alors question d’espace : l’espace en combinaison avec le corps mais aussi l’espace émotionnel et l’espace psychologique.

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Louise Bourgeois, Cell II, 1991 (détail), bois peint, marbre, acier, verre et mirroir, 210,8 x 152,4 x 152,4 cm, Collection Carnegie Museum of Art, Pittsburgh. Photo : Peter Bellamy, © The Easton Foundation / VG Bild-Kunst, Bonn 2014 © Louisana museum

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Louise Bourgeois, Cell XXVI, 2003 (détail), acier, tissu, aluminium, acier inoxydable and bois, 252,7 x 434,3 x 304,8 cm, Collection Gemeentemuseum Den Haag, Pays-Bas, Photo : Christopher Burke, © The Easton Foundation / Licensed by VG Bild-Kunst © Louisiana museum

 

Bourgeois s’est impliquée psychiquement et physiquement de manière profonde dans son travail et ce jusqu’en 2010, date à laquelle elle meurt à 98 ans. Une artiste hors norme pour une exposition unique en ce moment visible au Louisiana où elle prend place dans la totalité de l’aile sud du 13 octobre 2016 au 26 février 2017. L’exposition a précédemment été présentée au Haus der Kunst de Munich en collaboration avec Garage Musée d’art contemporain à Moscou (27/02 – 02/08/2015) puis au Guggenheim de Bilbao (18/03 – 4/09/2016).

 

Mathilde Hivert